30 janvier 2008
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Paru dans La Presse (8 janvier 2008)

Métro: de grands maux nous guettent

Essai par Simon Tremblay-Pepin

STM vient une nouvelle fois d’augmenter ses tarifs. Nombreux sont ceux et celles qui s’inquiéteront des effets néfastes de cette énième hausse sur l’accessibilité du transport public à Montréal. Se concentrer sur cette seule hausse serait toutefois manquer la cible car des maux bien plus grands guettent le métro de Montréal.

En effet, trois processus majeurs de transformation sont actuellement en cours: une individualisation de la tarification, une privatisation de l’espace et une sécurisation des rapports.

Individualisation de la tarification

Au printemps 2008, la STM passera à la carte à puce. Cette modernisation technologique aura des conséquences désastreuses pour les usagers. En effet, les cartes à puces, contrairement aux cartes magnétiques actuelles, permettent de stocker de l’information sur leur utilisateur: son âge, son statut d’étudiant ou de personne âgée, un montant d’argent, un nombre de stations voyagées, etc. Libre jeu maintenant à la STM d’exercer son contrôle sur les utilisateurs grâce à ces nouvelles informations.

Dès décembre 2006, le président de la STM, Claude Trudel, affirmait à La Presse qu’il envisageait des paiements différenciés par stations, par zones ou selon les différentes heures. Fin de la tarification universelle du métro. Oubliez le temps où votre carte mensuelle vous permettait de voyager dans tout le réseau aussi souvent que vous le vouliez. Désormais vous paierez selon votre usage. Si vous avez le malheur d’habiter loin de votre travail ou de devoir circuler aux heures de pointes, il vous en coûtera plus cher.

Privatisation de l’espace

Le métro manque d’argent à cause d’un sous-financement chronique planifié par le gouvernement du Québec. Réaction normale d’une institution qui manque de sous: on augmente les tarifs et on vend tout ce qu’on peut vendre pour boucher les trous. Qu’est-ce que le métro a à vendre? De l’espace publicitaire. Depuis quelques années, les publicités du métro prennent donc des proportions jamais vues: des pans de murs entiers transformés en publicité, des wagons de métros peinturés, des stations commanditées (Berri-UQAM porte fièrement les couleurs de la boisson sud-africaine Amarula ces derniers temps), même le plancher et les rampes d’escaliers sont devenus des espaces publicitaires.

Récemment cette privatisation de l’espace est passée à une nouvelle étape. Des «sites contrôlés pour activités» ont été installés dans différentes stations de métro. À quoi servent ces «sites»? À vous proposer les produits les plus divers: montre, chemises, lunettes de soleil, t-shirts. Cette transformation des lieux de transport public en magasin de pacotille ne sera pas inconnue à n’importe qui ayant fait un tour dans le «tiers-monde» où cette pratique est courante et permet aux populations exclues d’amasser un maigre revenu. La seule innovation de Montréal sur les villes tiers-mondistes est qu’il faut que ces vendeurs itinérants paient pour avoir accès à ces «sites» (jusqu’à 3000$ par semaine, nous informe-t-on à la STM).

Sécurisation des rapports

Depuis juin 2007, une centaine de policiers de la Ville de Montréal s’occupent désormais de la sécurité dans le métro. Ils ont, en partie, remplacé les agents de sécurité du métro. L’incapacité de ces derniers de réagir adéquatement lors d’un cas de violence conjugale dans une station de métro est à l’origine de la présence policière.

Quelles sont les conséquences de ce changement? D’abord, que des policiers armés surveillent le métro. Rien ne justifie pourtant la présence de ces armes à feu. Vérifier l’acquittement du droit de passage et «contrecarrer les incivilités» (comme le formule si joliment le SPVM) n’exige pas que la vie de quiconque soit menacée. Même dans le cas de violence conjugale mentionné plus haut, une arme aurait-elle été utile?

Autre conséquence, un changement d’attitude avec ceux et celles qui contreviennent aux règlements de la STM. Habitués à gérer des questions plus graves que des adolescents qui sautent les tourniquets et des mendiants qui dorment sur des bancs, les policiers adoptent souvent une attitude inutilement agressive et injustement brusque.

Se pointe donc à l’horizon un réseau de transport transformé en magasin hypersécurisé où chaque déplacement est facturé immédiatement selon sa distance ou l’heure du parcours. La campagne publicitaire de 1977, «Il fait beau dans le métro», doit maintenant être comprise comme une menace ironique. Quand on exclut les plus démunis et les indésirables, il fait impeccablement beau pour celles et ceux qui restent.

Étudiant en science politique à l'UQAM et formé en journalisme, Simon Tremblay-Pepin est un militant au sein de divers groupes et organisations. En plus d'être formateur pour Masse Critique, il est journaliste et co-rédacteur en chef pour le journal satirique Le Couac; responsable de la commission politique de Québec solidaire et représentant étudiant au conseil d'administration de l'UQAM. Il s'intéresse aux questions de démocratie et d'économie participative, aux relations entre communication et monde politique et à la philosophie politique critique.

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