Les réponses à la crise environnementale de la part des gouvernements occidentaux peuvent être regroupées en deux catégories. Celles qui tombent sous l’empire de la négation du danger, à la manière Bush, et celles qui sont de l’ordre du “ capitalisme vert “, plus ou moins maquillé en développement durable.
Si les gouvernements de Jean Charest (1) et d’Obama sont de bons exemples de cette deuxième catégorie de réponses, le gouvernement Harper incarne, quant à lui, le négationnisme le plus rétrograde, et ce, jusqu’à la caricature. À preuve, son budget 2010 où les termes de “changements climatiques” n’apparaissent nulle part.
Harper : embourbé dans les sables bitumineux
En effet, Harper a réussi un “coup de génie” : produire un budget en 2010 sans mentionner, ne serait-ce qu’une fois, ce grave problème, et avec à la clé, une diminution du budget d’Environnement Canada et l’abaissement des normes d’évaluation environnementale des projets énergétiques.
Reprenant l’accusation lancée en 2008 par le Reseau Action Climat Canada, comme quoi le gouvernement Harper était embourbé dans les sables bitumineux jusqu’au cou, des organisations aussi respectables que l’Institut Pembina et le Sierra Club Canada s’insurgent contre le dernier budget. (2) Elles dénoncent vertement la volonté du gouvernement fédéral d’entamer le démantèlement de l’Agence d’évaluation environnementale afin de favoriser les industries nucléaires et pétroliéres, industries desquelles ce gouvernement est , d’ailleurs, trés proche.
Les suites de Copenhague ?
Selon le Sierra Club Canada, ce budget avec un maigre 105 millions de dollars alloués aux questions environnementales sur des dépenses totales frisant les 200 milliards, a non seulement atteint le fond du baril mais il a fait du “ Canada le seul pays industrialisé sans programme national de déploiement d’énergies renouvelables”. (3)
Ce budget proprement catastrophique survient quelques trois mois après la Conférence de Copenhague où le Canada fut un des signataires du soi-disant accord non-contraignant pour combattre les changements climatiques. S’il nous manquait une preuve de l’aspect factice de cet accord entre grands pays pollueurs, la voici. Il est donc particulièrement décevant d’entendre les portes-paroles de certaines ONG climatiques se référer à cet accord pour critiquer le gouvernement fédéral. Ou d’autres, se fier au succès d’hypothètiques négociations internationales à la Conférence de Mexico en décembre 2010 pour contrer les changements climatiques.
L’appel de Morales à la mobilisation des peuples
L’échec de Copenhague est tellement patant, et l’hypocrisie et l’inaction des gouvernements des pays industrialisés tellement flagrante, que seule une mobilisation de masse au niveau mondial peut faire bouger les choses. D’où l’importance de l’appel lancé par le president bolivien Evo Morales aux mouvements sociaux et aux progressistes du monde entier pour se retrouver à Cochabamba du 19 au 22 avril afin de, non seulement creuser les causes structurelles de la crise écologique mais aussi pour débattre et adopter d’un plan d’actions communes susceptibles de lutter contre les changements climatiques et de défendre la vie sur terre. (4)
Evo Morales, dans un discours retentissant prononcé lors du sommet de Copenhague a asséné que « la vraie cause des changements climatiques est le système capitaliste. Si nous voulons sauver la terre, il nous faut alors mettre fin à ce modèle économique ». Déjà cet appel a été entendu par maints réseaux progressistes et de gauche en Amérique latine et en Europe. Pour plusieurs, il y aurait là une mobilisation susceptible de relancer les luttes altermondialistes et d’empêcher que les mouvements sociaux ne se fasse accaparer par la grisaille du lobbying réformiste.
Au Québec aussi, des écologistes progressistes et des militants/es de gauche se préparent a aller à Cochabamba (5.) Ici aussi, il nous faudra persévérer dans nos luttes contre les lobbies miniers, forestiers et de l’énergie, sans oublier les gouvernements qui les desservent, pour construire un mouvement joignant justice climatique et justice sociale, écologie et socialisme.
Notes
1. Voir “ Lettre d’opinion collective. Le Québec et l’environnement après 7 ans”, signée par 25 écologistes québécois
http://www.pressegauche.org/spip.ph…
2. Voir CBC News du 5.03.2010, “Budget Fails to Protect Environment ,Groups Say”, http://www.cbc.ca/technology/story/…
3. Voir “Budget Short Changes Canada “, le communiqué du Sierra Club Canada en date du 5.03.2010, http://www.sierraclub.ca/en/climate…
4. Voir “ Appel : Conférence mondial des peuples sur les changements climatiques et les droits de la Terre Mère”, http://cmpcc.org/2010/01/06/85/
5. Voir “Mobilisons-nous maintenant pour le climat et la justice sociale”, par la Commission environnement de Québec solidaire ,
http://www.pressegauche.org/spip.ph…
Roger Rashi est membre de la Commission thématique sur l’environnement et l’énergie (CTEE) de Québec solidaire. Il exprime ici ses propres opinions.
