25 août 2010
Classé dans Politique

Paru dans Bâtir ensemble un Québec solidaire (14-08-2010)

La perspective écosocialiste est essentielle pour bâtir une société écologique et juste

Essai par Roger Rashi

Contribution à la section 2.1

Il nous semble crucial d’affirmer qu’aujourd’hui  la perspective écosocialiste est essentielle pour un parti de gauche comme Québec solidaire.

En effet comment répondre “à l’urgence des changements climatiques” et conjurer l’éco-catastrophe annoncée, si ce n’est en brisant la dépendance au pétrole ? Or, cette dépendance,  comme le démontre  si bien l’économiste écosocialiste Elmar Altvater (1), découle des besoins du capitalisme moderne en sources d’énergie relativement faciles d’accès, aisément transportables et générant des mégas profits. Briser cet « impérialisme pétrolier » est inconcevable si l’on ne songe à faire de l’état le maître-d’oeuvre du développement énergétique et de la réorientation vers les énergies renouvelables et non polluantes. Le dépassement du modèle capitaliste de développement, l’adoption de nouvelles institutions sociales et économiques, s’impose à nous comme une condition  sine qua non pour bâtir une société écologique et juste.

Comment “démocratiser l’activité économique et établir les fondements d’une économie solidaire” sans remettre en question l’impératif de la recherche illimitée du profit, synonyme  de l’économie du marché ? Nationaliser et socialiser les secteurs stratégiques de l’économie (entre autres les banques et les grands groupes pétroliers), adopter une planification économique démocratique  (l’autogestion), revoir le rôle de l’état (démocratie participative), se sont là les seules façon d’éliminer les causes fondamentales des inégalités et de la pauvreté.

Comment “humaniser la sphère du travail” sans s’attaquer au profond déséquilibre de pouvoir entre employeurs d’un côté et les travailleurs et travailleuses de l’autre ? Modifier la structure décisionnelle dans les entreprises exige la remise en question de la propriété privée des grands groupes industriels et financiers, en d’autres terme, de défier le pouvoir économique, social et politique détenu par le grand capital.

Ce sont-là certaines des questions posées par le cahier de participation et y répondre en avançant une perspective de dépassement du système capitaliste, ne constitue point une fuite en avant mais bien un besoin programmatique et pratique essentiel pour un parti comme QS.

Quelles conditions pour faire le débat?

Il ne s’agit point de faire de QS un parti d’avant-garde ou d’imposer un débat qui susciterait la division à l’intérieur ou bien la marginalisation à l’extérieur. Mais plutôt de creuser les positions déjà adoptées par le parti.

Plusieurs de celles-ci ont un contenu anticapitaliste latent. Pensons à nos propositions pour nationaliser l’énergie éolienne et faire de l’état  québécois le maître d’œuvre d’une vaste transformation du secteur énergétique. Ou bien celles qui mettent de l’avant le renforcement des services publics gratuits et universels en s’assurant que la recherche du profit n’entre pas en jeu. Ou encore, celles qui touchent la réalisation de la souveraineté populaire du Québec. Toutes ces propositions sont dans notre plate-forme électorale de 2008. Il faut les mener à leurs conclusions logiques et franches. Il en va de même des questions soulevées par le cahier de participation.

 Il est vrai que les idées et pratiques socialistes ont peu d’enracinement populaire dans le Québec d’aujourd’hui. Mais ce n’est pas une raison, alors que la conjoncture idéologique est la plus favorable depuis plus de vingt ans à la critique du capitalisme,  de s’en tenir aux seuls changements immédiats, réalisables dans le cadre de l’État et du système actuel. Au contraire. Il incombe aux militantes et militants de gauche de démontrer que l’écosocialisme est bien la volonté de répondre aux échecs du siècle passé ainsi qu’aux défis du siècle actuel. L’écosocialisme est une rupture avec les soi-disant “socialismes” du vingtième siècle et il renouvelle, dans les conditions du siècle présent, les objectifs émancipateurs historiques du socialisme (2).

Ce choix stratégique d’évoluer vers l’anticapitalisme et l’écosocialisme n’exclut nullement la recherche de l’unité d’action la plus large avec tous ceux et celles qui veulent lutter, et qui luttent déjà contre les politiques d’austérité gouvernementale, contre les profits obscènes des multinationales et des grandes banques, contre la pauvreté, l’exclusion et la précarité, contre la corruption politique et les politiques patronales. Au contraire, il est la condition pour que QS puisse s’inscrire dans ces multiples luttes populaires et apporter la perspective unitaire qui est la sienne. Pour qu’il puisse mettre en action des politiques d’alliance, autant ponctuelles qu’électorales, qui ne soient pas contradictoires et déroutantes, mais plutôt des jalons vers l’atteinte d’un projet social novateur et mobilisant.

Un parti anticapitaliste et unitaire s’inscrivant dans un large mouvement social contre le néolibéralisme,  voilà nous semble-t-il, la stratégie que doit adopter un parti de gauche dans le nouveau cycle politique enclenché par la crise du néolibéralisme.

Notes

1. Voir “ The Social and Natural Environment of Fossil Capitalism”, par Elmar Altvater, dans “Coming to Terms with Nature”, dir. de Leo Panitch et Colin Leys, Merlin Press 2006

2. Pour plus d’information, voir le « Manifeste écosocialiste international », par Michael Löwy et Joel Kovel, septembre 2001.


 

Roger Rashi est membre fondateur de Québec solidaire. Il est aussi membre de Masse critique, un collectif reconnu dans QS.

Pour la version complète de ce texte, voir « Québec solidaire: Vers un parti anticapitaliste s’inscrivant dans un large mouvement de lutte au néolibéralisme » , par Roger Rashi, NCS 14 août 2010

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