Contribution à
la section 2.1
Il
nous semble crucial d’affirmer qu’aujourd’hui la perspective
écosocialiste est essentielle pour un parti de gauche comme Québec
solidaire.
En
effet comment répondre “à l’urgence des changements
climatiques” et conjurer l’éco-catastrophe annoncée, si ce
n’est en brisant la dépendance au pétrole ? Or, cette
dépendance, comme le démontre si bien l’économiste
écosocialiste Elmar Altvater (1), découle des besoins du capitalisme
moderne en sources d’énergie relativement faciles d’accès, aisément
transportables et générant des mégas profits. Briser cet
« impérialisme pétrolier » est inconcevable si l’on
ne songe à faire de l’état le maître-d’oeuvre du développement
énergétique et de la réorientation vers les énergies renouvelables et
non polluantes. Le dépassement du modèle capitaliste de développement,
l’adoption de nouvelles institutions sociales et économiques, s’impose
à nous comme une condition sine qua non pour bâtir une
société écologique et juste.
Comment
“démocratiser l’activité économique et établir les fondements
d’une économie solidaire” sans remettre en question
l’impératif de la recherche illimitée du profit, synonyme de
l’économie du marché ? Nationaliser et socialiser les secteurs
stratégiques de l’économie (entre autres les banques et les grands
groupes pétroliers), adopter une planification économique
démocratique (l’autogestion), revoir le rôle de l’état
(démocratie participative), se sont là les seules façon d’éliminer les
causes fondamentales des inégalités et de la pauvreté.
Comment
“humaniser la sphère du travail” sans s’attaquer au
profond déséquilibre de pouvoir entre employeurs d’un côté et les
travailleurs et travailleuses de l’autre ? Modifier la structure
décisionnelle dans les entreprises exige la remise en question de la
propriété privée des grands groupes industriels et financiers, en
d’autres terme, de défier le pouvoir économique, social et politique
détenu par le grand capital.
Ce
sont-là certaines des questions posées par le cahier de participation
et y répondre en avançant une perspective de dépassement du système
capitaliste, ne constitue point une fuite en avant mais bien un besoin
programmatique et pratique essentiel pour un parti comme QS.
Quelles
conditions pour faire le débat?
Il
ne s’agit point de faire de QS un parti d’avant-garde ou d’imposer un
débat qui susciterait la division à l’intérieur ou bien la
marginalisation à l’extérieur. Mais plutôt de creuser les
positions déjà adoptées par le parti.
Plusieurs
de celles-ci ont un contenu anticapitaliste latent.
Pensons à nos propositions pour nationaliser l’énergie éolienne et
faire de l’état québécois le maître d’œuvre d’une vaste
transformation du secteur énergétique. Ou bien celles qui mettent de
l’avant le renforcement des services publics gratuits et universels en
s’assurant que la recherche du profit n’entre pas en jeu. Ou encore,
celles qui touchent la réalisation de la souveraineté populaire du
Québec. Toutes
ces propositions sont dans notre plate-forme électorale de 2008. Il
faut les mener à leurs conclusions logiques et franches. Il en va de
même des questions soulevées par le cahier de participation.
Il
est vrai que les idées et pratiques socialistes ont peu d’enracinement
populaire dans le Québec d’aujourd’hui. Mais ce n’est pas une raison,
alors que la conjoncture idéologique est la plus favorable depuis plus
de vingt ans à la critique du capitalisme, de s’en tenir aux
seuls changements immédiats, réalisables dans le cadre de l’État et du
système actuel. Au contraire. Il incombe aux militantes et militants de
gauche de démontrer que l’écosocialisme est bien la volonté de répondre
aux échecs du siècle passé ainsi qu’aux défis du siècle actuel.
L’écosocialisme est une rupture avec les soi-disant “socialismes” du
vingtième siècle et il renouvelle, dans les conditions du siècle
présent, les objectifs émancipateurs historiques du socialisme (2).
Ce
choix stratégique d’évoluer vers l’anticapitalisme et l’écosocialisme
n’exclut nullement la recherche de l’unité d’action la plus large avec
tous ceux et celles qui veulent lutter, et qui luttent déjà contre les
politiques d’austérité gouvernementale, contre les profits obscènes des
multinationales et des grandes banques, contre la pauvreté, l’exclusion
et la précarité, contre la corruption politique et les politiques
patronales. Au contraire, il est la condition pour que QS puisse
s’inscrire dans ces multiples luttes populaires et apporter la
perspective unitaire qui est la sienne. Pour qu’il puisse mettre en
action des politiques d’alliance, autant ponctuelles qu’électorales,
qui ne soient pas contradictoires et déroutantes, mais plutôt des
jalons vers l’atteinte d’un projet social novateur et mobilisant.
Un
parti anticapitaliste et unitaire s’inscrivant dans un large mouvement
social contre le néolibéralisme, voilà nous semble-t-il, la
stratégie que doit adopter un parti de gauche dans le nouveau cycle
politique enclenché par la crise du néolibéralisme.
Notes
1.
Voir “ The Social and Natural Environment of Fossil
Capitalism”, par Elmar Altvater, dans “Coming to
Terms with Nature”, dir. de Leo Panitch et Colin Leys, Merlin
Press 2006
2.
Pour plus d’information, voir le « Manifeste
écosocialiste international », par Michael
Löwy et Joel Kovel, septembre 2001.
Pour la version complète de ce texte, voir « Québec solidaire: Vers un parti anticapitaliste s’inscrivant dans un large mouvement de lutte au néolibéralisme » , par Roger Rashi, NCS 14 août 2010
